La scène se déroule en mars 2026, à Bongouanou, dans la région du Moronou, à l'Est de la Côte d'Ivoire. Dame M'Bla Adoh, habitante du village de N'Guinou, reçoit son certificat foncier des mains d'Okoma Adjo Jeannette, alors préfet de la région.
La bénéficiaire savoure ce moment avec une immense fierté. Elle a obtenu son titre gratuitement, sans débourser le moindre centime.
Son dossier, signé électroniquement, a été validé en moins de 5 mois. Autrefois, l'attente minimale dépassait 18 mois.
Avec dame M'Bla Adoh, cinq personnes ont bénéficié le même jour de cette remise symbolique de certificats fonciers. Parmi elles, quatre sont des femmes.
Ce résultat, relayé par l'Agence foncière rurale (AFOR) sur son portail web, demeure un cas emblématique pour des milliers d'Ivoiriens qui profitent désormais de cette célérité administrative.
Bond statistique spectaculaire
En 2017, la Côte d'Ivoire comptait 4 000 certificats fonciers délivrés. À ce jour, le pays en dénombre plus de 68 000.
Les progrès touchent également la délimitation des territoires villageois. Le nombre de villages bornés passe de 284 à 5 786 localités.
En outre, plus de 86 000 contrats agraires sont désormais formalisés sur le territoire national. Ces données chiffrées ont été révélées par le ministre de l'Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, Bruno Nabagné Koné, le 5 octobre 2026, lors des Journées foncières d'Abidjan.
" La Côte d'Ivoire a fait le choix de créer une agence dédiée au foncier rural, l'Agence foncière rurale (AFOR). Dix ans plus tard, les progrès sont là.
"
Selon le ministre Bruno Koné, l'ambition gouvernementale reste vaste pour le monde rural. La superficie totale à sécuriser représente 23 millions d'hectares.
Ce projet concerne environ 9 000 localités à travers le pays. L'État vise la délivrance de 1 500 000 certificats fonciers au total.
Autant de contrats agraires doivent aussi être signés.
La digitalisation face aux lourdeurs du passé
Pendant longtemps, la gestion foncière rurale a souffert de lourdeurs administratives. La lenteur des procédures entraînait de fréquents conflits de propriété.
Ces litiges freinaient le développement des activités agricoles. Les chevauchements de parcelles et les pertes de documents papier compliquaient la tâche des usagers.
La dématérialisation vient corriger ces dysfonctionnements historiques. Elle entend apporter une réponse durable et efficace aux risques de contestations territoriales.
Si la numérisation garantit une traçabilité parfaite des droits de propriété, ce système protège également les données personnelles et renforce la transparence des démarches.
Sur le terrain, cette mutation est pilotée par l'AFOR via le projet PRESFOR. Financé à hauteur de 200 millions USD par l'État ivoirien et la Banque mondiale, le projet couvre 16 régions sur la période 2024-2029.
Par ailleurs, la modernisation de la gouvernance foncière repose sur des outils technologiques performants. L'outil SCCARTO gère avec précision la vérification cartographique.
Le système DIGIFOR traite les données socio-foncières sur le terrain. Le Système d'information du foncier rural centralise l'ensemble des registres.
Tout ce dispositif numérique est consacré par l'ordonnance du 12 février 2025.
Une efficacité accrue sur le terrain
Si ce projet a connu une telle célérité, c'est surtout grâce à l'introduction de la signature électronique, qui accélère le traitement des dossiers. Grâce à ce procédé, les comités fonciers abandonnent progressivement les liasses de papier.
Les membres examinent désormais des cartes numériques interactives qui permettent à chaque service d'émettre ses observations en temps réel.
De surcroît, l'automatisation des enquêtes optimise les coûts de traitement. L'administration traite ainsi simultanément des milliers de parcelles, ce qui a permis de réduire la durée d'obtention du certificat foncier.
De quoi redonner confiance aux usagers du monde rural.
Levier de paix et de développement
C'est à juste titre que le vice-premier ministre Téné Birahima Ouattara soutient cette dynamique d'accélération. Lors des Journées foncières d'Abidjan, il a rappelé l'importance de cette réforme.
Selon lui, la terre constitue un levier de paix sociale. Elle favorise aussi l'investissement productif et la création d'emplois.
Aussi, le gouvernement mise sur la sécurité juridique pour renforcer la cohésion nationale. Dès lors que les documents numériques délivrés possèdent une valeur juridique incontestable, ils mettent également les propriétaires à l'abri des contestations ultérieures.
Le but est de permettre aux producteurs d'exploiter leurs terres en toute sérénité.
Fortes de ces acquis, les perspectives d'avenir s'annoncent particulièrement prometteuses pour le pays. Le programme PRESFOR fixe des objectifs clairs à l'horizon 2029 : les services prévoient la délivrance de 500 000 certificats fonciers supplémentaires.
Une opération qui couvrira 5 millions d'hectares de terres ru
