Le 13 octobre 2026, le ministre congolais des Finances, Christian Yoka, s'est entretenu avec Manuel Moses, directeur général de l'assureur panafricain ATIDI, au sujet des prochaines étapes de leur coopération. Organisée en marge des assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale à Bangkok, cette rencontre intervient après la ratification, en août 2026, par le Congo de l'accord portant création de l'organisme, spécialisé dans la couverture des risques liés aux investissements et aux échanges commerciaux en Afrique.
" ATIDI peut garantir des prêts souverains et accorder des garanties aux banques locales afin de faciliter le financement des petites et moyennes entreprises (PME) et des sociétés du portefeuille public ", indique le communiqué publié par le ministère congolais des Finances.
Pour Brazzaville, l'enjeu est notamment d'obtenir des taux d'intérêt moins élevés sur ses prochains emprunts. En couvrant une partie des pertes que les créanciers pourraient subir en cas de défaut de paiement, une garantie permet en effet de réduire le risque associé au financement.
Son incidence sur le coût de la dette dépend toutefois du niveau de couverture accordé, de son coût et des conditions auxquelles les banques ou les investisseurs acceptent de prêter.
Des emprunts internationaux à plus de 11 %
Le coût des dernières émissions internationales du Congo illustre l'enjeu financier de cette démarche. En novembre et décembre 2025, le pays a levé au total 930 millions de dollars sur les marchés internationaux, avec un coupon annuel de 9,875 % et des rendements respectifs de 13,7 % et 13,0 %.
En février 2026, Brazzaville a annoncé une nouvelle émission de 700 millions de dollars, assortie d'un rendement de 11,625 %.
Ces niveaux de rémunération renchérissent le coût des emprunts et alourdissent les charges d'intérêts supportées par les finances publiques. Dans ce contexte, les garanties d'ATIDI pourraient contribuer à réduire la prime de risque exigée par les créanciers et, par conséquent, le coût des futurs financements.
Cet effet reste toutefois conditionné à la couverture effectivement accordée et à la manière dont les prêteurs répercutent cette protection dans leurs conditions de financement.
Au-delà de la réduction potentielle des taux d'intérêt, le dispositif présente également un intérêt prudentiel pour les banques. Selon le ministère des Finances, une convention entre ATIDI et la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC) prévoit une pondération du risque de crédit de 0 % pour les prêts souverains couverts par l'organisme.
Ce traitement prudentiel peut ainsi favoriser la participation des établissements bancaires au financement des États bénéficiaires.
Cette recherche de garanties pour améliorer les conditions d'emprunt dépasse le seul cas congolais. Déjà membre d'ATIDI, le Cameroun entend lui aussi mobiliser ce type de couverture afin d'améliorer les conditions de financement de son budget.
En janvier 2026, après avoir levé 750 millions de dollars, soit environ 415 milliards de FCFA, sur les marchés internationaux à un rendement de 7,79 %, Yaoundé a annoncé son intention de solliciter les garanties de la Banque africaine de développement (BAD) et d'ATIDI pour mobiliser les 585 milliards de FCFA restant à lever dans le cadre de son programme annuel de financement.
Le Kenya offre un autre point de comparaison quant à la capacité de l'institution à soutenir le financement des économies africaines. Lors de l'assemblée générale annuelle d'ATIDI, organisée début juillet 2026 à Nairobi, les autorités kényanes ont indiqué que les mécanismes de l'organisme avaient permis de mobiliser plus de 7 milliards de dollars d'investissements dans plusieurs secteurs, notamment l'énergie, les transports, l'industrie manufacturière, l'agriculture et le commerce.
Claude Paul Tjeg
Publié le 14/10/26 16:37
La Rédaction
