Le délai accordé aux structures financières dans le cadre de la mise en œuvre de la Plateforme Interopérable du Système de Paiement Instantané (PI-SPI) de la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) a expiré hier 30 septembre 2026. Le principal enseignement est que pour le Sénégal 43 institutions financières sont connectées.
Pour le secteur bancaire, les grands noms de l'écosystème sont présents. Il s'agit notamment des premiers du classement 2025 en termes de total bilan, à savoir CBAO Attijari, la Société générale Sénégal, la Banque islamique du Sénégal (BIS), la Banque nationale de développement économique (BNDE), ECOBANK Sénégal, CORIS BANK INTERNATIONAL etc.
Pour la Microfinance, les leaders du marché sont également présents. Il s'agit principalement de BAOBAB, de COFINA, UM-ACEP, UM-PAMECAS.
Pour le mobile Money, la grande surprise est WAVE Sénégal. Réticente au départ, l'institution à l'effigie du pingouin figure finalement sur la liste datant du 30 septembre 2026, aux côtés de son grand concurrent Orange Finances Mobile.
Un marché plus ouvert
Pour le spécialiste en transformation digitale et patron de la Fintech Kalispot, Mika Diol, la PI-SPI va surtout mettre fin à une anomalie historique dans l'UEMOA, le fait que l'argent soit digital, mais reste enfermé dans des silos. Il considère que jusqu'ici, envoyer de l'argent d'une banque vers un wallet, d'un wallet vers une banque, ou entre deux institutions différentes pouvait être lent, coûteux ou complexe.
Aujourd'hui analyse-t-il, avec la PI-SPI, l'objectif est que le client puisse transférer ou recevoir de l'argent instantanément, 24h/24 et 7j/7, quel que soit son établissement financier. La BCEAO selon lui, présente d'ailleurs PI-SPI comme une infrastructure régionale de paiement instantané, interopérable et disponible en continu dans les huit pays de l'UEMOA.
Ce qui lui fait dire que vrai changement est donc structurel car l'interopérabilité devient la norme et que le client ne devrait plus avoir à se demander si son bénéficiaire est dans telle banque, tel Wallet ou telle institution de microfinance.
" L'argent doit circuler de manière fluide, sécurisée et moins chère. À mon sens, c'est une réforme aussi importante que l'arrivée du mobile money il y a une quinzaine d'années.
Sauf que cette fois, l'infrastructure n'est pas portée par un seul acteur privé : elle est mutualisée, régionale et régulée ", explique Mika Diol.
Catalyseur pour les Fintechs
Poursuivant son analyse, Mika Diom, estime que ce sera un catalyseur pour les fintechs, mais un frein pour les modèles opportunistes. A l'en croire, les fintechs qui créent de la valeur par l'expérience utilisateur, la distribution, le scoring, l'inclusion, l'automatisation ou les services à valeur ajoutée vont bénéficier d'une infrastructure de paiement plus ouverte.
Elles n'auront plus besoin de reconstruire seules des rails complexes pour connecter plusieurs acteurs.
En revanche, considère l'expert, les fintechs dont le modèle repose surtout sur les frais de transfert, la fermeture de leur écosystème ou l'asymétrie d'accès aux réseaux vont être challengées. " La PI-SPI va commoditiser le paiement de base.
Et quand le paiement devient une infrastructure commune, la différenciation se déplace ailleurs : qualité de service, proximité client, innovation produit, conformité, disponibilité, confiance ", soutient Mika Diol.
Publié le 01/10/26 07:56
Mouhamadou Dieng

