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ANALYSE KIVIA

MarchéNEUTRE

Autoroutes Abidjan–Lagos & Abidjan–Dakar : Des leviers stratégiques pour transformer l’écosystème logistique en Afrique de l’Ouest

Publié le 3 octobre 20263 min

À retenir

  • L'Afrique de l'Ouest est à l'aube d'une mutation majeure de son architecture économique.
  • Au cœur de cette transformation, deux projets structurants cristallisent les ambitions d'intégration régionale.
  • Il s'agit des corridors autoroutiers Abidjan-Lagos et Abidjan-Dakar.

L'Afrique de l'Ouest est à l'aube d'une mutation majeure de son architecture économique. Au cœur de cette transformation, deux projets structurants cristallisent les ambitions d'intégration régionale.

Il s'agit des corridors autoroutiers Abidjan-Lagos et Abidjan-Dakar. Bien plus que de simples infrastructures routières, ces axes sont appelés à redessiner en profondeur l'écosystème logistique ouest-africain, en levant des contraintes historiques qui freinent encore la compétitivité de la région.

En effet, l'un des principaux défis des économies ouest-africaines réside dans le coût élevé du transport, qui peut représenter jusqu'à 40% du prix final des marchandises dans certains 64693pays enclavés. Les corridors Abidjan–Lagos et Abidjan–Dakar ambitionnent de réduire drastiquement ces coûts en fluidifiant la circulation des biens et en diminuant les délais de transit.

Aujourd'hui, le transport de marchandises entre Abidjan et Lagos peut prendre plusieurs jours, en raison des embouteillages, des contrôles multiples et de l'état variable des routes. Avec une autoroute moderne, sécurisée et continue, ce temps pourrait être réduit de moitié, voire davantage.

À la clé, une baisse des coûts logistiques, une amélioration de la compétitivité des entreprises et une meilleure intégration des chaînes de valeur régionales.

Au-delà de la logistique, ces infrastructures ont vocation à devenir des catalyseurs d'industrialisation. En facilitant l'accès aux marchés régionaux, elles encouragent l'implantation d'unités de transformation le long des corridors, notamment dans l'agro-industrie, le textile ou encore les matériaux de construction.

15,6 milliards USD pour la réalisation d'Abidjan – Lagos sous la houlette de la BAD

S'étendant le long de la façade atlantique, l'autoroute Abidjan–Lagos relie cinq des économies les plus dynamiques de la région. Ce sont la Côte d'Ivoire, le Ghana, le Togo, le Bénin et le Nigeria, formant un corridor de plus de 1 028 kilomètres concentrant près de 75% des activités commerciales de la CEDEAO.

De façon précise, l'infrastructure partira de Bingerville, dans la banlieue Est d'Abidjan, pour se terminer au Théâtre national de Lagos. Après l'achèvement des études, le projet qui comprend la construction d'une autoroute supranationale à six voies reliant Abidjan à Lagos, est entré dans sa phase d'investissement.

Voir aussi - Autoroute Abidjan-Lagos : La nouvelle gouvernance pose les bases d'un projet à 1 028 km

D'un coût global initial de 15,6 milliards de dollars, soit la réalisation de cet ouvrage d'envergure sera répartie entre les cinq pays qu'elle traverse : 144 kilomètres en Côte d'Ivoire, 520 kilomètres au Ghana, 90 kilomètres au Togo, 127 kilomètres au Bénin et 82 kilomètres au Nigeria. Les principaux bailleurs de fonds et institutions impliqués dans le financement et le développement du projet incluent la Banque africaine de développement (BAD), comme chef de file pour la mobilisation des ressources, ayant déjà investi dans les études de faisabilité et d'assistance technique.

Ensuite, l'Union européenne (UE) qui contribue activement au financement (notamment via sa stratégie Global Gateway et des fonds pour les études techniques), la Banque mondiale qui intervient dans le financement de composantes du corridor et la facilitation du commerce, la Banque d'investissement et de développement de la CEDEAO (BIDC), la Société financière africaine (AFC), l'Africa Finance Corporation, la Banque islamique de développement (BID), et la Banque européenne d'investissement (BEI).

Il convient de relever que la BAD a déjà apporté une assistance technique significative et mobilisé 25 millions de dollars, lors de la phase préparatoire, aujourd'hui pratiquement achevée.

Les 19 et 20 février dernier, à Abidjan, une session d'orientation stratégique à l'intention des dix membres du nouveau Conseil d'administration de l'Autorité de gestion dudit projet (ALCoMA), avait été organisée par le groupe de la BAD et la CEDEAO, visant à poser les bases opérationnelles d'une gouvernance supranationale, appelée à piloter le projet. Officiellement installé et assermenté en décembre 2025, lors de la 22 e réunion du comité de pilotage ministériel du projet, le Conseil d'administration d'ALCoMA s'était ainsi approprié les phases technique et institutionnelle, donnant une nouvelle dynamique d'accélération autour dudit projet faisant partie des plus structurants d'Afrique de l'Ouest,

Conformément au Traité du corridor signé par les dirigeants des cinq États membres, l'autoroute est conçue, construite et exploitée comme une seule et même " route unique ". À terme, elle deviendra un corridor économique sans frontières.

Les cinq pays signataires du Traité ont déjà créé un organisme supranational, l'Autorité de gestion du corridor Abidjan-Lagos (ALCoMA), composé de représentants des cinq pays membres, chargé de concevoir, de construire et de gérer ce corridor.

Plus de 60 échangeurs prévus sur les 1028 km

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